Boukhara, Ouzbékistan : 8 lieux incontournables — guide complet

J’ai passé plusieurs jours à Boukhara pendant la toute première Biennale de Boukhara, et j’en ai rapporté huit lieux pour lesquels il vaut la peine de faire le voyage : de la citadelle de l’Ark à la nécropole de Tchor-Bakr en périphérie. À part : où goûter le vrai plov boukhariote, où marchander un ikat, et où trouver un café digne de ce nom.

Une jeune femme portant un châle suzani devant Tchor-Minor, ses quatre minarets aux coupoles vertes
Tchor-Minor. L’une des silhouettes les plus singulières de Boukhara : quatre minarets au lieu de deux

Boukhara, ce qu’il faut savoir avant de partir

Boukhara est l’une des plus vieilles villes d’Asie centrale — plus de 2 500 ans d’histoire. Au Moyen Âge, c’était la capitale des Samanides, puis du khanat de Boukhara, et plus tard de l’émirat. On y formait les soufis de l’ordre Naqshbandi, on y faisait commerce de soie, de cuivre et d’astrakan, et jusqu’au début du XXe siècle, une muraille de terre crue percée de onze portes ceinturait la vieille ville.

Aujourd’hui, le centre historique de Boukhara est classé à l’UNESCO — et habité. Les artisans travaillent encore sous les coupoles de marché, et le soir, les vieux du quartier viennent jouer aux échecs au Liab-i-Hauz. Si vous arrivez de Samarcande, attendez-vous à un contraste : Samarcande est solennelle, avec ses larges avenues et ses façades restaurées au cordeau. Boukhara est étroite, poussiéreuse, avec des ruelles tordues et des chats sur les toits.

Pour donner une idée de l’ampleur : rien que dans le centre historique, on dénombre plus de 140 monuments — et c’est après les pertes du XXe siècle.

Vue sur les coupoles marchandes et le minaret Kalyan depuis la madrasa d'Ouloug Beg
Le vieux centre vu depuis la madrasa d’Ouloug Beg. Ces coupoles sont trois bazars couverts médiévaux du XVIe siècle : Toki Zargaron (les joailliers), Toki Telpak Furushon (les chapeliers) et Toki Sarrafon (les changeurs). Les trois sont toujours en activité et rappellent les souks couverts du Maroc ou les passages couverts parisiens — l’idée est la même : une rue marchande à l’abri du soleil et du vent

1. Madrasa d’Abdulaziz Khan — les plus belles mouqarnas de Boukhara

Je place Abdulaziz Khan en tête de liste, alors que la plupart des guides la relèguent au milieu — et c’est, selon moi, une erreur. La madrasa date de 1652, et son pichtak (portail d’entrée) passe pour l’un des plus complexes d’Ouzbékistan. Elle fait face à son aînée, la madrasa d’Ouloug Beg (1417), et toutes deux forment un ensemble dit « kosh-madrasa » — c’est-à-dire deux madrasas jumelles qui se regardent.

La vraie raison d’entrer, ce sont les mouqarnas. Ces voûtes en stalactites sont assemblées de milliers de petites alvéoles. Chez Abdulaziz Khan, on en trouve partout : au-dessus de l’entrée, sur les plafonds des salles d’angle, au-dessus du mihrab de la mosquée. C’est un casse-tête technique : les alvéoles sont calculées pour que le contour reste circulaire, et chaque alvéole est peinte à la main — fleurs, feuilles, parfois paysages d’inspiration indienne (Abdulaziz Khan entretenait des liens commerciaux serrés avec les Grands Moghols).

Façade principale de la madrasa d'Abdulaziz Khan avec son pichtak et ses tours d'angle
La façade principale.

À gauche, les mouqarnas du musée de la sculpture sur bois (entrée payante). À droite, la voûte au-dessus du portail principal — accès libre, on peut s’y attarder gratuitement

Le musée de la sculpture sur bois — la partie payante qui vaut vraiment le détour

Au fond de la madrasa, derrière le grand pichtak, un billet séparé ouvre une seule petite salle. Autrefois, c’était la darskhana — la salle de prière et d’enseignement où les étudiants suivaient les cours. Aujourd’hui, c’est un musée de sculpture sur bois : portes ciselées, volets, colonnes, coffres marquetés, mihrabs — tout ce que les maîtres boukhariotes ont produit entre le XVIIe et le XIXe siècle.

La pièce est minuscule, dix mètres de côté à peine. Mais c’est justement ce qui en fait le charme : tout est à portée de main, on peut s’approcher d’une porte et examiner la trace du couteau dans le bois, le relief des entrelacs islimi, le tressage du girih. On reste vingt minutes devant une porte, puis on passe à la suivante. L’entrée tourne autour de 20 000 soums, et c’est sans doute le billet le plus sous-coté de toute Boukhara.

Et surtout, le plafond. Au-dessus de la darskhana se déploient des mouqarnas exécutées en technique kundal : un stuc de gantch en relief, peint à la main et localement rehaussé d’or. C’est l’un des exemples les mieux conservés de peinture du XVIIe siècle à Boukhara — les historiens d’architecture font le voyage spécialement pour le voir. Au-dessus du mihrab, les mouqarnas se rassemblent en coupole ; le matin, le soleil filtre par d’étroites fenêtres et la coupole se détache, sensiblement plus claire que le reste de la pièce.

Intérieur de la darskhana de la madrasa d'Abdulaziz Khan : mouqarnas au-dessus du mihrab et voûte peinte en technique kundal
À l’intérieur du musée de la sculpture sur bois.

Conseil : l’accès à la cour de la madrasa est gratuit, le billet (~20 000 soums) ne concerne que le musée. La fenêtre 9h–10h30 est la seule où le soleil passe directement dans les vitrines au-dessus du mihrab, et où les mouqarnas projettent leurs ombres sur tout le plafond. Après 11 h, la lumière s’aplatit.

La cour, les hujras et les détails — ce qu’il reste à voir de la madrasa

La partie en accès libre, c’est la cour elle-même, avec ses hujras (cellules d’étudiants) sur deux étages, ses iwans latéraux et ses parois sculptées. On y avance lentement — chaque niche, chaque colonne est différente.

Colonne sculptée et voûte latérale. Le motif des étoiles à cinq branches forme un girih — un réseau géométrique entrelacé.

Cour de la madrasa et façade latérale. Les hujras servent aujourd’hui de boutiques de souvenirs

Détails de la majolique sur le pichtak principal.

Cour intérieure de la madrasa au coucher du soleil, avec ses échoppes et ses marchands de vêtements
La cour au coucher du soleil. On y vend des chapans (manteaux longs), de l’ikat, du cuivre — les prix sont comparables à ceux du bazar et le marchandage est de mise

Informations pratiques — Madrasa d’Abdulaziz Khan

  • Adresse : rue Khoja Nurabad, en face de la madrasa d’Ouloug Beg
  • GPS : 39.7752, 64.4156
  • Horaires : 9h–18h
  • Entrée de la cour : gratuite
  • Musée de la sculpture sur bois (ancienne darskhana) : ~20 000 soums (~ 1,40 €)
  • Durée de visite : 45–60 min pour les deux madrasas et le musée
  • Meilleure lumière dans le musée : 9h–10h30

2. L’ensemble Po-i-Kalyan — minaret, mosquée, madrasa

Po-i-Kalyan (littéralement « au pied du Grand ») est la grande place architecturale de Boukhara. Trois bâtiments s’y dressent, visibles depuis n’importe quel toit du vieux centre : le minaret Kalyan, la mosquée Kalyan et la madrasa Mir-i-Arab. Toutes trois sont en briques cuites, sans céramique colorée, et la silhouette n’en paraît que plus homogène.

Le minaret Kalyan a été construit en 1127 — autrement dit, lorsque Gengis Khan est arrivé, il avait déjà plus d’un siècle. La légende dit que Gengis Khan leva la tête pour voir le sommet et que sa coiffure tomba ; impressionné par la hauteur, il aurait ordonné qu’on l’épargne pendant que le reste de la ville était rasé. Hauteur : 48 mètres ; diamètre à la base : 9 mètres. Jusqu’au début du XXe siècle, on y appelait à la prière ; aux pires heures, on y jetait les condamnés à mort — d’où son surnom sinistre de « tour de la mort ».

L'ensemble Po-i-Kalyan de nuit : minaret Kalyan et portail de la mosquée illuminés
Po-i-Kalyan de nuit. L’éclairage fonctionne en gros du coucher du soleil à minuit. Il faut y passer de jour comme de nuit — la brique paraît ocre en plein jour, orange-rouge sous les projecteurs

À gauche, le minaret Kalyan : 14 ceintures décorées de motifs en brique, et aucune ne se répète. À droite, la coupole bleue de Mir-i-Arab vue de la cour.

Informations pratiques — Po-i-Kalyan

  • GPS : 39.7757, 64.4143
  • Accès au site : gratuit (la place)
  • Mosquée Kalyan : 30 000 soums (~ 2 €)
  • Montée du minaret : fermée au public
  • Conseil : la madrasa Mir-i-Arab ne se visite que de l’extérieur (intérieur fermé, encore en activité)

3. La citadelle de l’Ark — vieille forteresse et résidence de l’émir

L’Ark est la plus ancienne construction de Boukhara et la résidence de ses dirigeants du Ve siècle jusqu’à 1920. À l’intérieur : salle du trône, mosquée, écuries, bibliothèque, harem et prison. Jusqu’à 3 000 personnes y vivaient.

Aujourd’hui, l’Ark abrite plusieurs musées : archéologie, ethnographie, salle du trône, mosquée du palais. De l’extérieur, les murailles impressionnent autant que les collections : 20 mètres de haut par endroits, des tours-contreforts arrondies aux angles, et une maçonnerie de briques du XIXe siècle où l’on devine encore les couches successives de restauration.

L’Ark au coucher du soleil.

Informations pratiques — Citadelle de l’Ark

  • Adresse : place du Registan, Boukhara
  • GPS : 39.7777, 64.4148
  • Horaires : 9h–18h tous les jours (avril à novembre, jusqu’à 19h)
  • Entrée : 60 000 soums (~ 4,20 €)
  • Durée : 1h30–2h
  • Conseil : venir tôt le matin (peu de monde) ou en fin d’après-midi (lumière sur les murailles)

4. La mosquée de Bolo-Haouz — la « mosquée aux quarante colonnes »

Bolo-Haouz se dresse en face de l’Ark, de l’autre côté de la place du Registan. Sa pièce maîtresse, c’est l’iwan — la galerie ouverte qui précède la salle de prière — avec ses vingt colonnes de bois sculptées. La légende locale parle de « mosquée aux quarante colonnes » : vingt vraies, et vingt qui se reflètent dans le bassin.

Les colonnes sont taillées dans le noyer, l’orme et le peuplier ; les chapiteaux sont des mouqarnas sculptées et peintes. Les fines béquilles frontales n’ont été ajoutées qu’en 1917, le toit ayant commencé à fléchir. Sous l’iwan, le plafond à caissons en bois est, à mes yeux, le plus beau de Boukhara : chaque caisson reçoit son motif propre.

L’iwan de Bolo-Haouz de nuit, et un fragment de colonne sculptée. Bois de noyer, d’orme et de peuplier ; iwan haut de 12 mètres

Plafond de bois peint de l'iwan, mosaïque colorée et motif étoilé au centre
Le plafond à caissons de l’iwan.
Salle sous coupole de la mosquée, peinture fine et grand lustre ajouré
La coupole intérieure. La mosquée est en activité — visite possible en dehors des heures de prière, foulard pour les femmes, chaussures à laisser à l’entrée

Informations pratiques — Bolo-Haouz

  • Adresse : place du Registan, en face de l’Ark
  • GPS : 39.7780, 64.4138
  • Horaires : du lever au coucher du soleil (lieu de culte actif)
  • Entrée : gratuite (don bienvenu)
  • Conseil : le coucher du soleil, pour voir les colonnes se refléter dans le haouz

5. Tchor-Minor — quatre minarets pour le prix de deux

Tchor-Minor se cache à l’écart des circuits touristiques, dans un quartier résidentiel à l’est du Liab-i-Hauz. C’est un petit bâtiment carré flanqué de quatre tourelles-minarets — une composition inhabituelle à Boukhara. Un riche marchand d’origine turkmène, Khalifa Niyazkul, l’a fait construire en 1807 en cadeau à sa famille. C’était autrefois le portail d’une grande madrasa ; la madrasa a disparu, le portail est resté.

Chacune des quatre tours est décorée différemment. Selon une lecture, les motifs symbolisent les quatre grandes religions : on devine des motifs proches de la roue bouddhique et de la croix chrétienne. À l’intérieur, une petite salle soufie sous coupole offre une acoustique remarquable pour le zikr — le chant méditatif des derviches.

Tchor-Minor : ses quatre minarets aux coupoles vertes et l'arc d'entrée du niveau inférieur
Tchor-Minor en lumière de midi.

La porte et le jardin de Tchor-Minor. Le claustra de la fenêtre relève d’une technique traditionnelle, la pandjara, taillée dans le gantch (plâtre d’albâtre) ou la terre cuite

Détail d'une porte de bois sculptée à Tchor-Minor — motif végétal travaillé à la main
Détail de porte. La sculpture sur bois (nakkoshi) est l’un des plus vieux métiers de Boukhara — on en fait toujours aujourd’hui

Informations pratiques — Tchor-Minor

  • Adresse : rue Mehtar Anbar, Boukhara
  • GPS : 39.7770, 64.4256
  • Horaires : 9h–18h
  • Entrée de la cour : gratuite
  • Montée sur le toit : ~10 000 soums (~ 0,70 €)
  • Durée : 20 minutes

6. Sitorai Mokhi-Khosa — le palais d’été du dernier émir

Sitorai Mokhi-Khosa (« le palais semblable aux étoiles et à la lune ») est la résidence d’été du dernier émir de Boukhara, Alim Khan, à 4 kilomètres au nord du vieux centre. Un mélange éclectique d’Orient et d’Occident : on y trouve, côte à côte, des poêles à carreaux russes, des vases japonais, des mouqarnas boukhariotes et des salons de glaces à la française. L’émir l’a fait bâtir au début du XXe siècle — officiellement comme datcha estivale, en réalité comme manifeste d’une « nouvelle Boukhara ».

Dans le jardin, des paons paradent, les chrysanthèmes fleurissent, et au bord du bassin se dresse un pavillon de bois sculpté qui faisait office de mosquée d’été. L’ensemble est aujourd’hui un musée. Pour une analyse détaillée des salles et de l’histoire de l’émir Alim Khan, j’ai consacré un article séparé : Sitorai Mokhi-Khosa, le palais d’été du dernier émir de Boukhara.

Porte d'apparat de Sitorai Mokhi-Khosa, carreaux colorés et calligraphie arabe
La porte d’apparat du palais.

Stuc de gantch et poêle à carreaux.

À gauche, la tour d’observation : l’émir y montait pour surveiller le bassin du harem. À droite, le pavillon de bois sculpté au bord du bassin. Ce n’est pas un pavillon de thé, comme on le lit souvent : les croissants au sommet des coupoles indiquent que c’était une mosquée d’été

Informations pratiques — Sitorai Mokhi-Khosa

  • Adresse : route de Guijduvan, à 4 km du centre
  • GPS : 39.8159, 64.4267
  • Horaires : 9h–17h
  • Entrée : 30 000 soums (~ 2,10 €), photographie en supplément
  • Comment s’y rendre : taxi Yandex (~25 000 soums l’aller), bus n°9
  • Guide complet : Sitorai Mokhi-Khosa, la résidence d’été du dernier émir

7. Tchor-Bakr — la nécropole des cheikhs Djouybari

Tchor-Bakr est un complexe mémoriel du XVIe siècle, dans le village de Soumitan, à 5 km à l’ouest de Boukhara. C’est la nécropole familiale des cheikhs Djouybari, ces maîtres soufis qui, sous le khan Abdullah Khan II, gouvernaient de fait Boukhara. L’ensemble architectural (mosquée, khanaka, madrasa et minaret jumeau du Kalyan) date de 1560, et tout autour s’est développée une « cité des morts » — un labyrinthe de hazira, ces sépultures familiales à ciel ouvert.

On y vient pour le silence et l’échelle. Il y a moins de touristes qu’en n’importe quel autre point de Boukhara : en une demi-heure, on croise un gardien et deux chats sur un mur. J’en ai parlé en détail dans un article séparé : Tchor-Bakr, la nécropole des cheikhs Djouybari aux portes de Boukhara.

Mausolée principal de Tchor-Bakr en lumière du soir, deux arbres se dressant devant la façade
Tchor-Bakr au coucher du soleil

Un chat roux passait par là

Tchor-Bakr en automne. Si vous avez le choix, venez fin octobre ou début novembre

Informations pratiques — Tchor-Bakr

8. Le parc des Samanides — un mausolée du IXe siècle et la source de Job

Le parc des Samanides est un carré de verdure à l’ouest de l’Ark, qui abrite deux mausolées importants et un petit mémorial contemporain. Je l’ai placé en fin de parcours parce que c’est l’endroit idéal pour clôturer le séjour au coucher du soleil : on en fait le tour sans se presser, on s’assied à l’ombre, on digère la vieille ville.

Le mausolée d’Ismaïl Samani

C’est le plus ancien bâtiment conservé d’Asie centrale — bâti vers 905. Un cube sous coupole, en brique cuite sans enduit. L’ornement, c’est l’appareillage lui-même : chaque mur joue différemment selon l’angle du soleil. Quand les Mongols de Gengis Khan ont atteint Boukhara, le mausolée était déjà recouvert de sable et passait pour une simple butte — c’est ce qui l’a sauvé. Il n’a été dégagé que dans les années 1930.

Mausolée d'Ismaïl Samani à l'heure dorée — cube en briques aux motifs d'appareillage
Le mausolée des Samanides au coucher du soleil

Tchachma-Ayoub — la source de Job

Tchachma-Ayoub (« la source de Job ») est un mausolée des XIIe–XIVe siècles, coiffé d’un dôme conique inhabituel à Boukhara. La légende veut qu’à cet endroit, le prophète biblique Job ait frappé la terre de son bâton et fait jaillir une source qui guérit ses ulcères. La source est toujours là, et les habitants viennent encore y puiser de l’eau. Une des salles abrite un petit musée de l’eau à Boukhara — sur les karizes, les haouz et cette éternelle bataille contre la sécheresse qui a façonné la vie de la région.

Tchachma-Ayoub (à gauche) et la fontaine du parc (à droite).

Le mémorial contemporain

Le parc abrite aussi un pavillon mémoriel contemporain — colonnade en demi-cercle et tour centrale, construction des années 2000. Il s’aligne avec le mausolée des Samanides, et au coucher du soleil, les ombres s’enchaînent en une longue ligne entre les deux.

Le mémorial contemporain dans le parc des Samanides : colonnade en demi-cercle et tour, en lumière de fin de journée
Le pavillon mémoriel
Rayons de coucher de soleil filtrant à travers les frondaisons du parc des Samanides
L’atmosphère du parc, un soir d’automne.

Informations pratiques — Parc des Samanides

  • Adresse : rue Saiidjon Bobo, accès libre
  • GPS : 39.7770, 64.4087
  • Horaires : parc — 24h/24, mausolées — 9h–17h
  • Entrée du parc : gratuite
  • Entrée des mausolées : 15 000 soums chacun (~ 1 €)
  • Durée : 1h–1h30

Où manger à Boukhara : plov, atchitchouk, samsa

Il y a beaucoup de restaurants à Boukhara, mais mon principal conseil tient en un nom : le restaurant « Bukhara ». Installé dans une vieille demeure, nappes en ikat, vaisselle peinte, vue sur la place marchande. Carte ouzbèke classique, mais sans concession touristique : on y mange ce que mangent les habitants.

À commander absolument : le plov boukhariote, qui ne ressemble pas au plov de Ferghana — le riz cuit séparément, la carotte est coupée plus fin, l’agneau arrive en gros morceaux par-dessus. Résultat : un riz détaché, peu gras, doux en bouche. À côté, un atchitchouk (tomates, oignon, basilic, poivre noir) et du thé. Le thé noir au citron arrive ici en théière de porcelaine.

Plov boukhariote : riz détaché, carotte râpée et gros morceaux d'agneau dans une assiette peinte
Le plov boukhariote.

L’atchitchouk — la salade ouzbèke la plus simple, à goûter à Boukhara

L’atchitchouk, ce sont des tomates, de l’oignon rouge, du basilic. Sel, poivre noir, parfois une larme d’huile végétale — point. Pas de mayonnaise, aucun artifice. Tout repose donc sur les légumes : impossible de masquer une mauvaise tomate ou un oignon amer.

J’ai mangé de l’atchitchouk partout en Ouzbékistan — Tachkent, Samarcande, Khiva, dans des chaikhanas de bord de route. Mais le meilleur, c’est ici, à Boukhara. Tomates mûres jusqu’au sucré, oignon coupé en gros morceaux et toujours rouge doux (pas piquant), basilic — du raïkhan violet, ajouté à la dernière minute. Prenez-le en entrée du plov : le riz lourd avec cette salade légère, acidulée, presque sucrée, c’est exactement ce qui rafraîchit la bouche entre deux bouchées.

Salade atchitchouk — gros morceaux de tomates et d'oignon rouge avec du basilic dans un bol en céramique
Le fameux atchitchouk.

Samsa et thé — le prolongement obligé

Samsas et thé : trois chaussons triangulaires et une théière en porcelaine sur une nappe à motifs
Samsas (chaussons cuits au four à l’agneau) et thé noir au citron.

Informations pratiques — Restaurant « Bukhara »

  • Adresse : à chercher sur la carte sous « Bukhara Restaurant »
  • GPS : ~39.7723, 64.4197
  • Horaires : 11h–23h
  • Addition moyenne : 100 000–150 000 soums (~ 7–11 €) par personne
  • Conseil : réservez pour le dîner, l’endroit est très fréquenté

Où boire un café — un mini-conseil

À Boukhara, le café est plus compliqué que le thé : la plupart des chaikhanas n’en font pas, et celles qui en font servent du soluble. Pour un latte ou un flat white correct, je n’ai trouvé qu’un endroit — un petit café dans le vieux centre, avec son comptoir, sa pile de vieux livres le long de la fenêtre, et une atmosphère apaisée.

Verre de latte sur un plateau en bois, devant un comptoir et des livres soviétiques
Latte sur un plateau au comptoir. Adresse — sur la carte. Compter environ 30 000 soums le latte (~ 2,10 €)

Bonus : la Biennale de Boukhara — l’art contemporain dans une ville médiévale

Je suis tombée sur Boukhara pendant la toute première Biennale. Le thème : Recipes for Broken Hearts (« Recettes pour cœurs brisés »), en clin d’œil à la légende d’Avicenne, qui aurait inventé le plov pour soigner un jeune homme blessé en amour. Sept dizaines d’installations site-specific, plus de 200 artistes, déployées dans tout le centre historique — caravansérails, madrasas, haouz restaurés. Certaines installations ne s’animent qu’à la nuit tombée.

Installation nocturne dans un haouz illuminé : espace sous coupole et eau-miroir
Une des installations de la biennale — un environnement sonore au cœur d’un haouz restauré. Visible uniquement la nuit
Suzani à motif de grenade — pièce d'une exposition textile de la biennale
Relecture contemporaine du suzani dans l’une des installations. La grenade, motif traditionnel, symbolise la fertilité dans l’ornement ouzbèke
Cour avec sculptures contemporaines, sur fond de murs médiévaux éclairés la nuit
L’une des cours de nuit de la biennale. Si vous venez à Boukhara entre septembre et novembre, vérifiez la programmation — la prochaine biennale est annoncée pour 2027

Où acheter des souvenirs à Boukhara : coupoles marchandes, madrasas, Pavillon Kalon

En résumé : Boukhara est la meilleure ville d’Ouzbékistan pour le shopping. À Samarcande et à Tachkent, les boutiques de souvenirs sont éparpillées : il faut les chercher, prendre le bazar, demander son chemin. À Boukhara, c’est l’inverse — pratiquement à chaque coin du vieux centre, une échoppe ou un atelier. Pas besoin de dévier de son itinéraire : pendant qu’on fait Po-i-Kalyan, l’Ark, Tchor-Minor et le Liab-i-Hauz, le shopping se fait tout seul.

Les coupoles marchandes du XVIe siècle — le grand rendez-vous des souvenirs

Le pôle commerçant principal, ce sont les trois bazars couverts médiévaux qui s’étirent entre le Liab-i-Hauz et Po-i-Kalyan. Construits au XVIe siècle pour des corporations distinctes, ils ont gardé leurs vieux noms :

  • Toki Zargaron (« la coupole des joailliers ») — argent, or, bijoux
  • Toki Telpak Furushon (« la coupole des chapeliers ») — textile, chapans, doppi (calottes), suzani, ikat
  • Toki Sarrafon (« la coupole des changeurs ») — la plus petite ; on y changeait l’argent autrefois, aujourd’hui c’est aussi du souvenir

Les trois sont en activité. On entre sous une coupole, et c’est une rue de boutiques qui se déroule sous la voûte de brique : textile, cuivre, miniatures, boîtes laquées, céramique de Rishtan, foulards de soie. Les coupoles protègent du soleil l’été, du vent l’hiver — on peut y fureter des heures. C’est l’équivalent boukhariote des passages couverts parisiens : un commerce historique pensé pour résister aux saisons.

Conseil capital : marchandez. Le prix annoncé est presque toujours surévalué.

Cour de boutiques avec sacs en ikat, chemises et un suzani-sac suspendu au-dessus de la porte
Une boutique de souvenirs

Que rapporter : les grands artisanats de Boukhara

Le suzani — grande broderie sur coton ou soie. C’est le plus reconnaissable des artisanats ouzbeks. Un beau suzani du XXe siècle commence à 200 €, un ancien à partir de 500 €. Une grande pièce demande jusqu’à six mois de travail à la brodeuse.

L’ikat — technique de teinture des fils de soie avant tissage, qui produit ces motifs aux contours « flous » caractéristiques. Au mètre, à partir de 30 € ; un chapan (manteau long) commence à 150 €.

Les ciseaux-cigognes — ciseaux forgés en forme d’oiseau au long bec. À Boukhara, une seule famille les fabrique encore (la dynastie Ataulov). La paire : 50 000–100 000 soums (~ 4–7 €). C’est, à mes yeux, le plus authentique des souvenirs : on ne les forge plus nulle part ailleurs en Ouzbékistan.

Cuivre ciselé et émail — une tradition qui survit difficilement par endroits. Préférez les vieux plateaux aux neufs.

Vitrine de ciseaux-cigognes : alignement de ciseaux forgés en forme d'oiseau au bec en lames
Les fameux ciseaux-cigognes
Brodeuse de suzani au travail : elle brode sur un tissu tendu portant un dessin floral
Une brodeuse de suzani au travail

Pavillon Kalon — l’alternative haut de gamme au bazar

Si le bazar fatigue (et après deux heures sous les coupoles, on est lessivée), il y a une alternative tranquille : Pavillon Kalon, un petit concept-store dans une vieille maison à deux pas du minaret Kalyan. Pas de marchandage, pas de pression. Une petite galerie consacrée à des marques textiles locales — ikat, suzani, céramique, lampes à abat-jour en tissu, bijoux boukhariotes. Les prix sont plus élevés que dans les coupoles, mais la mise en scène est différente : chaque pièce est signée, présentée comme dans un showroom.

Salle du Pavillon Kalon : longue table sous nappe en ikat, tapis d'ikat aux murs
Le salon du Pavillon Kalon

Lali Home et un plat en laiton émaillé fait main

Commode en bois avec inserts en ikat et deux lampes — l'une à abat-jour en ikat, l'autre à pied en céramique peinte
Lampes et commode.

Quand partir à Boukhara

La meilleure saison : avril–mai et de mi-octobre à début novembre. L’été est étouffant (jusqu’à 40–45 °C, vent sec), l’hiver mordant (jusqu’à –10 °C la nuit). En mai, les roses et les abricotiers fleurissent ; en octobre, les feuilles virent au jaune. La prochaine Biennale de Boukhara est annoncée pour 2027 — vérifiez le calendrier à l’approche.

Comment s’y rendre depuis la France

Vol depuis Paris. Uzbekistan Airways opère des vols directs Paris (CDG) – Tachkent, environ 7 h de vol, généralement deux à trois fois par semaine selon la saison. Compter à partir de 500–700 € l’aller-retour en classe éco hors haute saison.

Avec escale. L’option la plus souple passe par Istanbul avec Turkish Airlines (Paris – Istanbul – Tachkent, total 8–10 h selon la correspondance), souvent moins chère et plus régulière. Air Astana via Almaty et Aeroflot via Moscou (selon la situation) sont d’autres options possibles.

Tachkent → Boukhara. Une fois sur place, deux manières de gagner Boukhara : le train rapide Afrosiyob (3h20 environ depuis Tachkent, avec correspondance par Samarcande) ou un vol intérieur (Uzbekistan Airways, Centrum Air, Silk Avia), environ une heure de vol.

Visa. Bonne nouvelle pour les Français : les ressortissants de France n’ont pas besoin de visa pour un séjour touristique de moins de 30 jours. Un passeport valide six mois après la date de retour suffit. Pensez tout de même à l’enregistrement obligatoire en Ouzbékistan — il est généralement assuré par votre hôtel.

Comment s’y rendre une fois sur place et où loger

Avion intérieur : vols directs Tachkent–Boukhara, environ 1 h, opérés par Uzbekistan Airways, Centrum Air et Silk Avia.

Train : le train rapide Afrosiyob relie Tachkent, Samarcande et Boukhara. Compter environ 3h20 de Tachkent à Boukhara avec correspondance à Samarcande, et 1h20 entre Samarcande et Boukhara. Les billets se réservent à l’avance, surtout en haute saison.

Où loger : je recommande le vieux centre — dans un rayon de 500 mètres autour du Liab-i-Hauz ou du minaret Kalyan. Beaucoup de petits hôtels de charme occupent d’anciennes maisons traditionnelles avec cour intérieure et iwan ; on en sort à pied vers tous les sites majeurs.

FAQ

Quelle est la meilleure période pour visiter Boukhara ?

Les mois idéaux sont avril, mai et la seconde moitié d'octobre. Été torride (jusqu'à 45 °C), hiver froid. En mai, les abricotiers sont en fleurs ; en octobre, le jaune des feuilles est partout.

Combien de jours faut-il prévoir pour Boukhara ?

Au moins deux journées pleines pour le vieux centre. Plus une demi-journée pour Sitorai Mokhi-Khosa et une autre pour Tchor-Bakr. L'idéal : trois à quatre jours.

Combien coûtent les entrées des principaux sites ?

Citadelle de l'Ark — 60 000 soums, mausolées du parc des Samanides — 15 000 chacun, mosquée de Bolo-Haouz — gratuit, Tchor-Bakr — 15 000, palais Sitorai Mokhi-Khosa — 30 000. Soit environ 150 000 soums (~ 11 €) pour l'essentiel.

Peut-on tout voir en une journée ?

Techniquement oui, mais à quoi bon. Boukhara, c'est une atmosphère, pas une checklist à cocher. En une seule journée, on ne couvre raisonnablement que Po-i-Kalyan, l'Ark et Bolo-Haouz.

Où goûter le vrai plov boukhariote ?

Dans les petits restaurants, pas dans les grandes adresses pour cars de tourisme. Le plov boukhariote diffère du plov de Ferghana : riz cuit séparément, carotte plus fine. À commander au déjeuner, pas au dîner — les locaux mangent le plov avant 14 h.

Que rapporter absolument de Boukhara ?

De l'ikat, un suzani et des ciseaux-cigognes. Ces derniers sont le plus authentique des souvenirs : on n'en trouve nulle part ailleurs.

Faut-il aller à Boukhara en hiver ?

Oui, si on accepte le froid. En hiver, plus de touristes, mosquées vides, pas de queues pour photographier. Mais les jours sont courts, et beaucoup de sites ferment à 16 h.

Faut-il un visa pour les Français ?

Non. Les ressortissants français peuvent séjourner en Ouzbékistan jusqu'à 30 jours sans visa, à condition d'avoir un passeport valide six mois après la date de retour. Un enregistrement local (assuré par l'hôtel en général) est requis pour les séjours de plus de trois jours.

Quelle langue parle-t-on à Boukhara, et comment communiquer ?

On parle ouzbek et tadjik dans la rue, le russe partout dans les commerces, et l'anglais dans les hôtels et boutiques touristiques. Le français reste rare. Une application de traduction hors ligne suffit largement, mais quelques mots de russe (« спасибо » merci, « здравствуйте » bonjour) ouvrent beaucoup de portes — surtout auprès des artisans plus âgés.

De celles qu’on a envie de revoir

De toutes les villes ouzbèkes, c’est à Boukhara que j’aimerais revenir en premier. On peut y arpenter les mêmes ruelles trois jours d’affilée et remarquer chaque fois quelque chose qu’on n’avait pas vu — une porte sculptée, un chat, un détour de venelle. N’y venez pas pour la journée : prévoyez trois ou quatre jours, et logez dans le vieux centre. C’est là que la ville se livre vraiment.

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