Musée des Arts Appliqués d’Ouzbékistan à Tachkent : guide complet

Je vous raconte ma visite au Musée d’État des Arts Appliqués d’Ouzbékistan à Tachkent — l’ancienne Maison Polovtsev de 1907. Je suis allée dans toutes les salles : aïvan, grand salon avec sa fontaine, céramiques, miniatures, laques, Suzani, Ikat, tapis, instruments. À la fin : adresse, tarifs, horaires et comment s’y rendre depuis la France.

Grand salon avec fontaine et fenêtres en arc donnant sur le jardin
Le grand salon vu sous un autre angle. Les fenêtres donnent sur le jardin intérieur — l’été, cela crée un courant d’air à travers la fontaine et rafraîchit l’atmosphère

C’est quoi cet endroit

L’hôtel particulier a été construit en 1907 pour le diplomate russe Alexandre Polovtsev. Polovtsev n’a pas fait appel à un décorateur européen à la mode — il a invité des maîtres de tout le Turkestan de l’époque : du Khorezm, de Boukhara, de Samarkand et de la vallée de Ferghana. Pendant plusieurs années, ils ont transformé une maison à plan européen classique en palais oriental de l’intérieur. Sculpture sur Ganch (plâtre sculpté local), peintures murales, plafonds à caissons, majolique — tout fait à la main, et presque tout est parvenu jusqu’à nous.

La maison est devenue musée en 1937, lorsqu’on y a ouvert une exposition d’art populaire et appliqué, puis on a commencé à constituer la collection. Aujourd’hui, les fonds comptent plus de 7 000 objets. Pour moi, c’est le meilleur endroit pour voir tout ce qu’il y a d’intéressant et de remarquable dans l’art appliqué ouzbek : céramiques, Ikat, Suzani, miniatures laquées, ciselure et sculpture sur bois. La qualité est comparable aux pièces du Musée des Arts Décoratifs à Paris, et certaines vitrines m’ont rappelé l’ambiance du Musée du Quai Branly.

L’aïvan et la cour d’honneur

Je commence par l’aïvan — parce que c’est par là que commence le musée. L’Aïvan (véranda couverte) est une galerie ouverte couverte devant l’entrée, l’équivalent de notre terrasse. Dans les maisons traditionnelles ouzbèkes, on s’assoit sur l’aïvan, on y boit du thé, on y reçoit les invités. Chez Polovtsev, l’aïvan a des proportions européennes — haut, symétrique — mais la décoration est purement orientale : majolique sur les murs, plafond à caissons sculptés et peints.

Aïvan du musée des arts appliqués à Tachkent, murs peints et sol en majolique
L’aïvan — galerie ouverte devant l’entrée. Majolique sur les murs, sol à motifs, colonnes sculptées
Plafond en bois peint de l'aïvan avec ornement géométrique
Façade de la Maison Polovtsev avec majolique et colonnes
À gauche — le plafond de l’aïvan, à droite — vue générale de la façade. Remarquez les chapiteaux des colonnes : ils sont stylisés à la corinthienne, mais avec un motif oriental

Le grand salon avec sa fontaine et son dôme peint

Les portes de l’aïvan mènent directement au salon principal. C’est probablement la pièce la plus célèbre de Tachkent — et je comprends pourquoi. Au centre, une fontaine basse en marbre à vasque octogonale ; sur le pourtour, des fenêtres donnant sur le jardin ; dans un coin, une immense niche décorative en forme de mihrab. Le plafond est à caissons, avec un dôme éclairé. Et l’impression la plus forte : les murs ne sont laissés vides absolument nulle part. Chaque centimètre est peint ou sculpté.

Grand salon avec fontaine en marbre et niche-mihrab sculptée, murs peints
Le grand salon. La fontaine au centre n’est pas qu’un décor — elle a une fonction : l’été, elle rafraîchissait l’air de la pièce
Plafond en dôme peint du grand salon avec trois lustres
On ne voit le plafond qu’en levant la tête. Mieux vaut venir avec un objectif grand angle — sinon le cadrage ne suffit pas
Niche-mihrab sculptée avec céramiques sur les côtés dans le salon principal
La niche en forme de mihrab est purement décorative, sans aucune fonction religieuse. De part et d’autre, des niches peintes avec de la céramique

Les niches ajourées sont un détail caractéristique des maisons ouzbèkes. Chacune est sculptée séparément et peinte à la main

Le plafond et les sculptures — qui a fait quoi, dans quelle région

L’élément clé du grand salon, pour moi, c’est le plafond. Ce n’est pas un dôme d’un seul tenant, mais un système complexe de poutres, de caissons et de stalactites (les « muqarnas » — c’est le mot arabe pour ces saillies à plusieurs niveaux qui pendent d’en haut). J’ai lu qu’une partie de la sculpture a été réalisée par des maîtres de Khiva, l’autre par des Boukhariotes, et la stylistique diffère : celle de Khiva est plus fine et géométrique, celle de Boukhara plus large et avec un motif végétal.

Détail du plafond à stalactites avec saillies peintes à plusieurs niveaux — muqarnas
La corniche à stalactites. Chaque saillie est un élément distinct, peint à la main

Le dessin géométrique se construit autour d’une étoile à huit branches — un classique de l’ornementique d’Asie centrale. Les angles des muqarnas sont conçus pour que la lumière des lustres les éclaire différemment au fil de la journée

Détail de la peinture murale sur ganch — ornement végétal sur fond blanc
Sculpture sur Ganch (plâtre sculpté). Le maître prépare d’abord une surface lisse, puis il sculpte le dessin sur le matériau encore humide, et enfin il peint
Panneau décoratif peint avec niches à plusieurs niveaux et ornement végétal
Fragment de mur avec niches peintes et vases. Le motif reproduit en miniature l’architecture du salon lui-même

Colonnes, portes et fontaine de près

Les colonnes sont sculptées en karagatch (un orme local), les portes en noyer. Le karagatch est un bois solide à grain fin, encore utilisé aujourd’hui à Boukhara pour les portes et les colonnes. Ce n’est pas une simple sculpture, c’est un travail ajouré, à jour — comme une dentelle, mais en bois.

À gauche — la base de la colonne : argentée avec des incrustations de feuille d’or, la sculpture ajourée court de haut en bas. À droite — la porte en noyer, la sculpture occupe toute la surface

Plafond en dôme avec grands lustres encadrés de muqarnas
Si on se met juste sous le dôme et qu’on regarde en haut — on a le tournis
Portrait peint sur une coupe dans une des niches — style de la peinture d'Asie centrale
Le portrait sur la coupe est une référence à la peinture murale d’Afrasiab, découverte lors des fouilles de Samarkand. C’est une réplique, pas l’original

Les peintures narratives à côté du salon principal

Dans un coin du grand salon, il y a un passage vers de petites pièces d’apparat — presque des alcôves. C’est là que se trouve le décor le plus époustouflant de toute la maison : non pas de l’ornement, mais de la peinture figurative. Mariages, ateliers d’artisans, scènes de vie urbaine.

Plafond peint d'angle avec grand lustre
Plafond de la pièce d’angle. La lumière de l’unique lustre crée une ombre marquée — une partie du dessin ne se lit qu’en lumière du jour
Peintures murales narratives — scène de mariage et accueil des invités
À gauche — scène de mariage avec offrande de cadeaux, à droite — figures avec du raisin. Cela date déjà du XXe siècle, lorsque le musée a commandé ces sujets traditionnels
Peinture murale avec un potier au travail et des spectateurs
Le potier au travail. Les sujets — les métiers d’Ouzbékistan : potier, tisserand, ciseleur. Une sorte de répertoire visuel des artisanats
Vue par une arche sur le salon principal et son plafond peint
Vue à travers l’arche vers le grand salon — la photo préférée de tous ceux qui photographient ici. Composition symétrique, on voit le plafond du salon principal en entier

La salle des céramiques

Après les pièces d’apparat commence la partie collection. La première salle, aux murs verts et aux grandes fenêtres sur le jardin, est plutôt calme après la profusion du grand salon. Ici sont exposées les céramiques des trois grandes écoles : Rishtan (reconnaissable à sa glaçure turquoise, vallée de Ferghana), Guijdouvan (tons terreux, école de Boukhara) et Ourgout. Sur certaines assiettes, on distingue les marques des maîtres.

Salle des céramiques avec grandes fenêtres et vitrines d'assiettes et de cruches
La salle des céramiques. La lumière des fenêtres est douce, rien ne reflète sur les vitrines
Vitrine de céramique de Rishtan — assiettes et bols à motifs bleus et violets
Céramique de Rishtan. Reconnaissable à son bleu dominant (« ichkor » — glaçure alcaline qui donne cette teinte caractéristique)

Les plafonds de la salle des céramiques sont plus simples que ceux du salon principal, mais toujours peints à la main. Géométrie et ornement végétal alternent sur les poutres

Le couloir des miniatures et de l’horloge ancienne

Depuis la salle des céramiques, on passe dans un long couloir — un passage avec des panneaux de chêne, un parquet à chevrons et une vieille pendule à balancier au bout. C’est la partie de la maison qui a été conservée dans son état presque « habité » — c’est-à-dire tel qu’à l’époque de Polovtsev. Et c’est sur les murs de ce couloir qu’est accrochée la collection de miniatures de livres ouzbèkes.

Long couloir du musée avec horloge de parquet au bout et œuvres graphiques aux murs
Ce fameux couloir. Sur les deux murs, de petits cadres avec des miniatures se succèdent ; au fond, la grande horloge à balancier

Ce n’est plus la miniature médiévale, mais l’école ouzbèke contemporaine — des œuvres de la fin du XXe siècle, principalement de F. Rakhmatillaev et de son cercle. Le style reste traditionnel, comme chez les miniaturistes persans : gouache et tempera sur cuir ou papier, petit format, détails minutieux.

Trois miniatures encadrées avec ornements sur un mur blanc
Les cadres se suivent sur le mur blanc, pour que rien ne distraie du dessin

À gauche et à droite — figures isolées en costumes traditionnels. Les noms et signatures sur les étiquettes sont en quatre langues : ouzbek, anglais, russe et turc

Sujets récurrents : couples sous l’arbre, musiciens, chasse, scènes de cour. C’est le canon sur lequel travaillaient déjà les maîtres médiévaux

Miniature avec trois musiciens entourée d'étiquettes avec les titres des œuvres
« Relax while listening to the music »

La danse et la chasse — deux autres sujets classiques. Le cuir comme support donne ce ton chaud caractéristique au fond

Étiquette de la miniature « À la chasse » de F. Rakhmatillaev en quatre langues
Toutes les étiquettes du musée sont en quatre langues. Pratique pour les visiteurs étrangers : rien à deviner

La salle de la broderie d’or (zardouzi) et du bois sculpté

Après le couloir des miniatures, je suis arrivée dans la salle de la broderie d’or de Boukhara — le « zardouzi ». La broderie est faite au fil d’or et d’argent sur velours, classiquement sur les calottes, les chapans et les couvertures d’apparat. Au musée, on voit plusieurs immenses pièces — autrefois c’étaient soit des étendards, soit des couvertures de cérémonie pour les réceptions. On reste devant et on comprend : une seule de ces pièces représente des mois et des mois de travail manuel.

Couverture en velours avec broderie d'or de facture boukhariote
Velours brodé d’or. Le motif est tracé d’avance — le maître pose le fil et le fixe avec des points invisibles
Porte sculptée à deux battants avec ornement végétal, exposition du musée
Salle du bois sculpté — plusieurs colonnes et portes sculptées
Porte sculptée et salle du bois sculpté. Les portes provenaient autrefois de mosquées, de médersas et de grandes maisons — chacune était faite sur commande pour une ouverture précise

La salle des miniatures laquées

Coffrets laqués, assiettes, jeux d’échecs entiers. La miniature laquée est arrivée en Ouzbékistan depuis la Perse et s’est épanouie déjà à l’époque soviétique, au XXe siècle. Le procédé : on recouvre d’abord la pièce de plusieurs couches de laque noire, puis on peint sur ce fond, avec de fins pinceaux, des scènes miniatures — chasse, bataille, amoureux, courtisans. Chaque coffret est un petit tableau à part entière.

Vitrine de coffrets laqués avec miniatures sur les couvercles
Salle de la miniature laquée. La taille des coffrets va de la boîte d’allumettes au jeu d’échecs de table
Échiquier laqué avec ses pièces, sujets peints sur les bords
L’échiquier est un genre à part. Sur le pourtour, de petites scènes peintes ; les pièces aussi sont peintes

La collection est disposée avec des numéros — l’étiquette avec le titre de chaque œuvre est posée à côté. Pratique pour retrouver une pièce précise

Les sujets sont les mêmes que dans la miniature de livre : chasse, bataille, scènes de cour. Seul le format change — le couvercle du coffret fait 10 sur 15 cm

Assiette avec un couple de musiciens et vue d’ensemble de la vitrine. La plume de paon au centre n’est pas un hasard : autrefois, on dépoussiérait les miniatures avec, la plume étant plus douce qu’un pinceau

Gros plan d'un coffret peint avec ornement de petites arches
Gros plan sur un des coffrets. L’ornement imite l’architecture : de petites arches s’alignent en rangées, comme les fenêtres d’une médersa

La salle du mobilier et de l’art décoratif

Juste après la miniature laquée commence la salle du mobilier. C’est ce qui me fascine particulièrement : une partie des pièces est faite selon des formes européennes — coiffeuses à miroir, chaises à dossier — mais peintes par des maîtres ouzbeks selon les canons locaux. C’est le XIXe et le début du XXe siècle, lorsque les commanditaires voulaient « comme à Saint-Pétersbourg », mais les artisans traduisaient toujours cela dans leur propre langage.

Pavillon décoratif peint avec dôme issu de la miniature laquée
Pavillon décoratif à dôme — stylisation d’un mausolée. Servait d’encensoir ou pour les bougies de cérémonie
Colonne en bois sculpté de près — détails de l'ornement et rosettes
Chaise en bois sculpté et anciennes colonnes côte à côte
À gauche — détail de la sculpture sur karagatch. À droite — chaise sculptée à dossier ajouré et accoudoirs
Ensemble de mobilier peint — coiffeuse, petit cabinet, chaises — dans une même salle
Mobilier peint — coiffeuse à miroir, petit cabinet à dôme, chaises. Peinture sur fond blanc, motif végétal

La salle du métal — ciselure et cuivre

Une petite pièce avec de la vaisselle en cuivre et en laiton. La ciselure ouzbèke — appelée localement « kandakori » — se fait au burin et au poinçon : le maître frappe le métal des milliers de fois jusqu’à composer l’ornement. Sur un grand plateau, le travail peut prendre de trois semaines à un mois.

Coupes en cuivre ouzbèkes ciselées, deux tailles différentes
Coupes en cuivre. Pour donner une idée de l’ampleur du travail : sur un grand plateau, le maître passe jusqu’à un mois
Énorme plateau en laiton avec ciselure très fine sur toute la surface
Le plus grand plateau de la collection — environ un mètre de diamètre. Ciselure intégrale : pas un centimètre « libre »

La salle de la broderie d’or et de la bijouterie

Encore une salle consacrée au zardouzi et à l’argent. L’argent est, en Ouzbékistan, le matériau de prédilection pour les bijoux féminins : plaques de Boukhara, pendentifs de Ferghana, colliers du Khorezm.

Trois panneaux en velours avec broderie d'or et vitrines de bijoux en argent
La salle des bijoux. Au mur, les « panneaux » d’apparat ; dans les vitrines, l’argent fait main

La salle des tapis et des instruments de musique

Vient ensuite la partie ethnographique : aux murs, des tapis turkmènes et ouzbeks ; sous verre, des instruments de musique ; dans un coin, la reconstitution d’un vrai salon de réception, avec tahta, kourpatchas et table basse. Une salle vraiment pleine d’atmosphère !

Salle avec tapis turkmènes au mur et instruments de musique sous verre
La salle des tapis. À gauche — tapis turkmène en feutre, à droite — guilam ouzbek
Reconstitution d'une pièce de vie — tahta, tapis aux murs, niches avec coussins
Reconstitution d’un salon. Tahta (banquette basse), recouverte de kourpatchas (matelas étroits), tapis aux murs. Voilà à quoi ressemblait le salon d’apparat d’une maison aisée du XIXe siècle

À gauche — roubab (manche court, caisse en bois de mûrier). À droite — doutar ou tanbour (manche long, sonorité douce). Tous deux peints et incrustés

La salle des Suzani — la broderie murale ouzbèke

S’il fallait choisir une seule salle à ne pas manquer, pour moi c’est celle des Suzani. Le mot vient du persan « suzan » — aiguille. Les Suzani sont de grandes broderies murales au point de chaînette ou au passé sur coton ou soie. Autrefois, chaque jeune fille en Ouzbékistan préparait plusieurs Suzani pour son trousseau : un pour la chambre nuptiale, un pour la chambre d’amis, un pour la chambre des enfants. Quand on est devant et qu’on comprend qu’une seule pièce représente six mois de travail d’une seule femme, on regarde la broderie autrement.

Suzani contemporain avec paons et motifs sur velours noir
Œuvre contemporaine d’auteur : Suzani aux paons. Ce n’est plus un trousseau, mais un panneau décoratif pour collectionneurs
Suzani avec figures sous un arbre en fleurs et musiciens — broderie narrative
Suzani narratif : figures sous l’arbre, musicien au doutar, scènes de jardin. École contemporaine, sujets de la miniature transposés sur tissu
Détail de Suzani — figure de femme avec du raisin entourée d'un ornement végétal
Détail du médaillon central. Chaque fleur, chaque feuille est un fragment de travail à part ; sur un grand Suzani, on passe au moins six mois

À gauche — composition classique « 8 médaillons ». À droite — détail avec un oiseau ; oiseau et fleur, c’est un motif boukhariote

Chapans et tioubeteïkas

À côté des Suzani sont accrochés des chapans (robes longues) et des vitrines de tioubeteïkas. Le chapan se portait autrefois par tous en Ouzbékistan, et au tissu, à la broderie et à la coupe, on devinait immédiatement d’où venait la personne, son âge et son statut. Pour les tioubeteïkas, c’est pareil — ce n’est pas qu’une simple calotte, c’est un marqueur régional. Celle de Tchoust est en noir et blanc avec des amandes ; celle de Boukhara dorée ; celle de Ferghana bariolée et fleurie.

Chapan de Boukhara en velours vert avec broderie d'or à motif géométrique
Chapan d’apparat boukhariote. Velours vert, broderie en cannetille (fil métallique fin). Ces chapans s’offraient pour les mariages ou aux invités importants

Chapans en Ikat « abra » — étoffe de soie au motif « flou » caractéristique, obtenu en teignant les fils avant le tissage (j’en parle plus bas)

Mur avec deux chapans et vitrines de tioubeteïkas multicolores
Exposition complète : les chapans en haut, les tioubeteïkas en bas. La diversité des motifs saute aux yeux
Collection de Tioubeteïka (calotte brodée) ouzbèkes — calottes multicolores brodées
Tioubeteïkas de différentes régions. Tchoust — noir et blanc à motif d’amande, Boukhara — dorée, Ferghana — bariolée à fleurs

Suzani classiques des XIXe-XXe siècles

Après les chapans vient une salle avec des Suzani plus anciens — XIXe et début XXe siècle. Ils sont plus sobres en couleurs et plus larges en composition que les contemporains. Ce ne sont plus des œuvres d’auteur pour collectionneurs, mais des pièces qu’on cousait pour son propre foyer : pour accrocher, recouvrir, utiliser. Prenez le temps de les regarder, c’est un travail bouleversant !

Salle des Suzani — trois grandes broderies aux murs, tons orange et noir
Mur avec trois grands Suzani. Couleur dominante : orange-rouge avec contour noir, classique de Samarkand et de Tachkent
Suzani rouge avec six grands médaillons sur fond orange
Suzani à médaillons. Chaque médaillon est un « soleil » (kouk), motif universel

Étiquettes. Joypush — couvre-lit de mariage de Sourkhandaria (sud du pays). Tomosha palyak — broderie murale de Pskent (près de Tachkent), fin du XIXe siècle

Détail de Suzani — grands médaillons rouges sur fond jaune avec ornement végétal
Suzani jaune-rouge en gros plan. Médaillons brodés au passé, fond au point de chaînette

L’Ikat et l’atelier de tissage

La salle finale, c’est l’Ikat — mon étoffe ouzbèke préférée. En ouzbek, on l’appelle « abra » ou « abr-bandi », ce qui signifie « nuages liés » — et ce nom décrit parfaitement l’aspect de l’objet fini. La technique est folle : on teint les fils avant le tissage. On lie des paquets de fils par des nœuds serrés aux endroits voulus, on teint, puis on relie autrement et on teint d’une autre couleur, et ainsi plusieurs fois. Quand on tend les fils sur le métier et qu’on commence à tisser, le motif apparaît comme « tout seul ». Légèrement flou sur les bords, et c’est ce qui le rend si reconnaissable.

Mur avec longues bandes de tissus Ikat aux motifs et couleurs variés
Bandes d’Ikat aux motifs différents. Chaque bande est une composition à part : les motifs se combinent par symétrie
Métier à tisser traditionnel avec fils Ikat tendus, motif rouge et gris
Métier à tisser avec ses fils en place. C’est un modèle fonctionnel — on y tisse à titre de démonstration

À gauche — vue générale du métier avec une étoffe presque achevée. À droite — détail : on distingue les fils de chaîne et de trame

Adras « Trace d'escargot » — échantillon d'Ikat à motif ondulé encadré
Adras (mi-soie) au motif « Trace d’escargot » — c’est une technique plus modeste, sans soie, à motif minimal
Suzani avec broderie florale sur fond d'Ikat, dans un cadre en bois
Détail de Suzani-Ikat — grande fleur rouge et rinceaux végétaux
Suzani sur Ikat — technique d’une période plus tardive. L’idée est de réunir les deux motifs ouzbeks les plus caractéristiques sur une même pièce. Le gros plan montre que la broderie est dense — les fils de soie se touchent les uns les autres

Informations pratiques

Musée des Arts Appliqués d’Ouzbékistan

  • Adresse : rue Rakatboshi 15, Tachkent
  • GPS : 41.2880, 69.2742
  • Horaires : 09h00–18h00 tous les jours (caisse jusqu’à 17h30)
  • Entrée : 30 000 sums pour les étrangers (~2,30 €), 5 000 sums pour les citoyens ouzbeks
  • Photo : incluse dans le billet, trépied sur accord
  • Durée de visite : minimum 1h30, idéalement 2h–2h30
  • Guide en anglais/russe : 100 000 sums (~7 €) par groupe, à réserver à l’avance
  • Métro : station la plus proche « Oybek », à 15 minutes à pied
  • Taxi : Yandex Go depuis le centre — 15 000–25 000 sums (1–2 €)

Comment s’y rendre depuis la France

  • Vols depuis Paris : Uzbekistan Airways assure des vols directs depuis Paris-CDG vers Tachkent, et Turkish Airlines propose des liaisons via Istanbul depuis Paris-Orly et Paris-CDG. En saison, on trouve aussi des correspondances depuis Lyon-Saint-Exupéry et Marseille-Provence via Istanbul ou Moscou. Comptez 6h30 en direct, environ 9 à 11h avec escale.
  • Visa : pour les ressortissants français (et plus largement de l’UE et de Suisse), aucun visa n’est requis pour un séjour touristique de moins de 30 jours. Il suffit d’un passeport valide au moins 3 mois après l’entrée.
  • Depuis l’aéroport de Tachkent : taxi Yandex jusqu’au centre (~30 min, 50 000–80 000 sums / 4–7 €), puis encore 10 minutes jusqu’au musée
  • Depuis Tchorsou ou Khast-Imam : métro jusqu’à « Oybek » (ligne verte), puis 15 minutes à pied ou 5 minutes en taxi
  • Depuis un hôtel du centre : à pied ou en taxi, le musée est à 1–2 km de la plupart des hôtels touristiques

Mes conseils

  • À combiner avec quoi : à proximité — le Musée d’État d’Histoire d’Ouzbékistan et le Musée des Arts d’Ouzbékistan. On peut faire les deux dans la journée, mais je conseillerais de séparer : après les arts appliqués, l’œil sature.
  • Tenue : aucun code. Short ou robe, comme on veut. Ce n’est pas un lieu religieux.
  • Souvenirs : à la sortie, une petite boutique avec des Suzani contemporains, des tioubeteïkas et de la céramique. Les prix sont un peu plus élevés qu’au bazar, mais la qualité est garantie.
  • Café : il n’y en a pas à l’intérieur. En face — quelques tchaïkhanas ; vers la rue Chakhrisabz — de bons cafés avec plov et lagman.
  • Meilleur mois : avril–mai et septembre–octobre. L’été à Tachkent il fait +40, le musée est climatisé, mais l’aïvan reste très chaud.
Comment se rendre au Musée des Arts Appliqués à Tachkent ?

Le musée se trouve rue Rakatboshi 15. La station de métro la plus proche est « Oybek », à 15 minutes à pied. Depuis n’importe quel point du centre, il est pratique de prendre un taxi via Yandex Go : la course dure 5 à 15 minutes et coûte environ 15 000 à 25 000 sums.

Comment voyager depuis la France jusqu’à Tachkent ?

Le plus simple, c’est un vol direct Uzbekistan Airways depuis Paris-CDG (environ 6h30). Sinon, Turkish Airlines via Istanbul depuis Paris-Orly, Paris-CDG, Lyon ou Marseille (entre 9h et 11h avec escale). Pensez à comparer les prix sur les saisons : la haute saison est avril-mai et septembre-octobre.

Faut-il un visa pour visiter l’Ouzbékistan en tant que Français ?

Non. Les ressortissants de l’Union européenne et de Suisse bénéficient d’une exemption de visa pour les séjours touristiques de moins de 30 jours. Il suffit d’avoir un passeport valide au moins 3 mois après la date d’entrée. Aucune démarche préalable n’est nécessaire.

Combien coûte l’entrée au Musée des Arts Appliqués d’Ouzbékistan ?

Pour les étrangers, le billet coûte 30 000 sums (~2,30 €) ; pour les citoyens ouzbeks, 5 000 sums. Photo et vidéo sont incluses, mais on peut vous demander un supplément pour le trépied — mieux vaut vérifier à la caisse.

Quel est le meilleur moment pour visiter le musée ?

Idéalement, en semaine, de 10h à 12h : moins de visiteurs et lumière douce dans le grand salon. Le week-end, après 14h, les groupes touristiques arrivent. Les meilleures saisons sont avril–mai et septembre–octobre, quand la température à Tachkent est agréable.

Combien de temps faut-il pour la visite ?

Au minimum une heure et demie pour parcourir toutes les salles. Si vous voulez vraiment regarder les collections (miniatures, laques, Suzani, Ikat) et les plafonds du grand salon, comptez 2h30–3h.

Que faut-il absolument voir au musée ?

Le grand salon avec sa fontaine et son dôme peint, la salle des miniatures laquées, les Suzani et les Ikat. Voilà les quatre points incontournables. Si le temps le permet, attardez-vous dans la salle des miniatures et regardez le métier à tisser dans la dernière pièce.

Vaut-il la peine de prendre un guide ?

Pour une première visite, oui — surtout si c’est votre premier voyage en Ouzbékistan. Le guide vous expliquera les différentes écoles de céramique, ce qui distingue la broderie de Boukhara de celle du Khorezm, et vous montrera des détails non évidents dans l’architecture de la Maison Polovtsev. Si vous connaissez déjà l’art d’Asie centrale, les étiquettes suffisent.

Peut-on photographier ?

Oui, photo et vidéo sont autorisées et incluses dans le billet. Sans flash et sans trépied ; pour le trépied, accord préalable du gardien.

Ce que j’en retiens

Sous un même toit se trouve réuni tout ce que j’aime en Ouzbékistan : la céramique de Rishtan, les Suzani de Boukhara, l’Ikat de Marghilan, l’or des zardouzi de Boukhara. Et tout cela à l’intérieur d’une maison qui est elle-même une pièce d’exposition — une histoire à part entière, celle d’un diplomate russe qui a invité des maîtres locaux et leur a laissé carte blanche.

Si à Tachkent je n’avais le temps que pour un seul lieu, c’est ici que je serais allée.

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