Sitorai Mokhi-Khosa à Boukhara : la résidence d’été du dernier émir

Sitorai Mokhi-Khosa, c’est la résidence d’été du dernier émir de Boukhara : un palais blanc avec ses vérandas sculptées, ses poêles en faïence venus de Saint-Pétersbourg et sa salle des miroirs. Construit huit ans avant que l’émirat ne disparaisse de la carte.

Tour blanche du palais Sitorai Mokhi-Khosa avec son croissant de lune au coucher du soleil
La tour qui domine le palais, c'est le repère principal : on la voit de loin, surtout à l'heure dorée

À propos de Sitorai Mokhi-Khosa, « les étoiles et la lune »

Le nom se traduit par « palais semblable aux étoiles et à la lune ». On a commencé à bâtir dans ce jardin dès le XVIIIe siècle, mais le complexe que voient les touristes aujourd’hui est l’œuvre du dernier émir, Sayyid Mir Muhammad Alim Khan, entre 1912 et 1918.

Portail principal de Sitorai Mokhi-Khosa avec ses faïences en mosaïque
Le portail principal : la mosaïque est posée comme sur les médersas du centre de Boukhara, mais avec des proportions « domestiques », pas urbaines et solennelles

Les artisans boukhares que l’émir avait envoyés se former à Saint-Pétersbourg et à Yalta sont revenus avec des savoir-faire européens. Résultat : les murs et les plafonds du palais sont réalisés dans la technique traditionnelle du gantch (stuc sculpté), tandis que les poêles en faïence, les grilles de balcon en fonte et les lustres en cristal sont arrivés de Russie par chemin de fer.

L’émir lui-même n’y a pas vécu longtemps : en 1920, l’émirat de Boukhara s’est effondré, Alim Khan s’est enfui en Afghanistan, et dès 1927 le palais est devenu un musée. Depuis, on y rassemble une collection d’arts décoratifs : souzani, costumes, vaisselle, miniatures, tout ce qui restait de la cour et des ateliers d’artisanat de Boukhara.

Ce qui vous accueille à l'entrée : un aïvan en bois et des échoppes de robes

Tout de suite après le portail principal, on tombe sur une petite cour intérieure avec un kiosque-aïvan en bois. C’est la première chose qu’on voit en entrant. Sur les côtés, quelques échoppes : des artisanes locales y vendent des robes, des ikats, des souzani, des sacs brodés. On peut juste regarder, ou acheter quelque chose tout de suite, les prix ne sont pas ceux du tourisme, surtout si vous arrivez tôt le matin.

Kiosque en bois sculpté dans la cour de Sitorai Mokhi-Khosa
Le kiosque-aïvan en bois à l'entrée, un endroit devant lequel il est difficile de passer sans s'arrêter

Les échoppes juste à l'entrée : robes en ikat, souzani, sacs brodés à la main. La plupart des artisanes cousent sur place, on peut les regarder travailler

La grande cour : lions, arcades et fontaine

Une fois passé le portail, on débouche directement sur une grande cour d’apparat : une arcade blanche, une fontaine au centre, et deux lions de pierre qui gardent l’entrée d’un des pavillons. C’est la partie du palais où l’émir recevait ses invités et organisait les cérémonies officielles.

Cour principale de Sitorai Mokhi-Khosa avec son arcade et sa fontaine ronde
La cour principale : arcade, fontaine, et presque toujours pas un seul touriste avant 11 heures

Les lions et la fenêtre sculptée : décor oriental greffé sur une structure européenne, c'est la signature de ce palais

La sculpture sur gantch : un stuc blanc avec un motif creusé. La photo ne rend pas l'échelle ; de près, on voit que le dessin est plus fin qu'un trait de crayon

La Salle Blanche : la salle du trône et l'œuvre de Shirin Mouradov

Ce pour quoi on vient ici, c’est la Salle Blanche. Longue, lumineuse, avec ses hautes fenêtres et son lustre en cristal au milieu. C’est l’ancienne salle du trône, et son décor en gantch est l’œuvre du maître Shirin Mouradov, un artisan boukhare considéré comme l’un des meilleurs sculpteurs de gantch de toute l’histoire de l’Ouzbékistan.

La Salle Blanche, salle du trône de Sitorai Mokhi-Khosa, avec son lustre en cristal
La Salle Blanche : longue, lumineuse, avec son lustre en cristal au centre. Cet endroit, c'est un peu le « grand salon » du palais

La particularité de Shirin Mouradov, c’est d’avoir eu l’idée de poser le gantch blanc sur un fond de miroir. Autrement dit, derrière chaque dentelle de sculpture, il y a un miroir qui éclaire le motif de l’intérieur. Si vous arrivez par une journée ensoleillée vers midi, l’effet est maximal : les murs se mettent littéralement à briller.

Angle de la Salle Blanche avec son gantch sculpté sur fond de miroir
Un angle de la Salle Blanche. En regardant bien, on voit qu'il y a un miroir derrière les sculptures. C'est exactement la technique de Shirin Mouradov

Plafonds et niches : chaque motif est fait à la main. Il n'y a pas deux éléments identiques

Les vases peints sur les murs sont un genre à part entière. Chacun est composé comme un tableau autonome

Détail d'une colonne sculptée de la Salle Blanche
La colonne en gros plan : cinq ou six couches de motifs superposés. Pour chaque centimètre, des heures de travail
Panneau en bois sculpté dans l'intérieur du palais
Le panneau de bois sculpté dans la porte : il y en a des dizaines comme celui-ci dans la Salle Blanche. Tous réalisés par la même équipe d'artisans en cinq ans
Vase peint avec des fleurs blanches sur le mur
Encore un sujet : des fleurs blanches dans un vase bleu. Le bleu, ici, c'est un pigment naturel à base de lapis-lazuli

La pièce aux tapis et aux objets d'art

Juste après la Salle Blanche, il y a une petite pièce avec un tapis au sol où sont rassemblés des objets du quotidien de l’émir : plateaux en bronze, vitraux colorés dans les niches, rideaux de velours, baromètre en argent. Pas la peine de s’éterniser, mais ça vaut le coup d’y passer.

Le vitrail et le plateau de bronze à la calligraphie arabe : tous deux proviennent de la salle à manger de l'émir

Ancien textile de velours rouge à broderie d'argent
Les rideaux de velours : ce sont les originaux, le tissu a plus de cent ans. La broderie d'argent s'est usée par endroits, mais on lit encore le motif
Thermomètre-baromètre vintage à finition argentée
Thermomètre-baromètre dans sa monture en argent : l'émir surveillait la météo

La Salle des Miroirs : or et portraits d'émirs

Les murs et le plafond de la Salle des Miroirs sont couverts de centaines de petits miroirs sertis dans des cadres sculptés. Entre eux, des portraits d’émirs, des vitraux colorés, de la peinture dorée. Quand on traverse la salle, les reflets bougent en même temps que vous, et la pièce semble vivre toute seule.

Salle des Miroirs de Sitorai Mokhi-Khosa avec ses dorures
La Salle des Miroirs : chaque centimètre de mur est une mosaïque de miroirs et d'or. C'est ici qu'on recevait les invités les plus importants

Le plafond et le lustre : du cristal commandé en Europe sur mesure pour cette salle précise

Portraits des émirs de Boukhara dans des cadres en miroir
Les portraits des émirs, deux principaux : Abdulahad Khan et son fils Alim Khan, le dernier émir de Boukhara

L'héritage russe : poêles en faïence et lustres en cristal

C’est sans doute ce qu’il y a de plus inattendu. L’émir commandait tout en Russie, le mobilier, la vaisselle, la porcelaine, et surtout les poêles en faïence. Dans chaque pièce trône un grand poêle de faïence amené de Saint-Pétersbourg ou de Moscou. Et ils fonctionnaient : l’émir et sa famille vivaient au palais toute l’année, pas seulement l’été.

Poêle russe en faïence dans une salle du palais
Poêle russe en faïence venu de Saint-Pétersbourg. Le côté ouzbek faisait les fondations et le revêtement, le corps du poêle arrivait par chemin de fer
Détail des carreaux de céramique sur le mur
Les carreaux en gros plan : motif en relief du XIXe siècle. Le poêle est ancien, la restauration s'est faite avec soin
Salle bleue avec un lustre en cristal
La salle bleue : lustre, rideaux de velours, et toujours la même esthétique hybride, des volumes européens et un ornement oriental
Mur bleu en treillis aux motifs géométriques
Le mur de la salle bleue en gros plan : un treillis géométrique en gantch, peint à la main. La couleur, ici, c'est la signature visuelle de la pièce
Lustre en cristal en gros plan
Détail du lustre : du vrai cristal qui projette un arc-en-ciel sur tous les murs quand le soleil entre

Dans cette même salle bleue, on a conservé du mobilier sculpté : un coffre-commode, une armoire à calligraphie arabe et une vitrine à vaisselle. C’est en fait la partie « vécue » de la salle, ce dont l’émir et sa famille se servaient vraiment.

Le coffre et l'armoire à calligraphie : sur les portes de l'armoire, des vers en vieux ouzbek (tchaghataï). Le maître les a sculptés à la main

La véranda vitrée, dernière salle du corps de logis principal

La toute dernière pièce du bâtiment principal, c’est une extension en bois vitrée peinte en bleu, qui donne sur la cour. C’est en somme une véranda-orangerie : de hautes fenêtres de tous les côtés, un vitrail au plafond, une vitrine à vaisselle et de grands vases au sol. Quand j’y suis allée, la lumière du jour entrait de partout en même temps : difficile à photographier, mais magnifique.

Véranda vitrée en bois du corps de logis principal
L'extension vitrée à la finition de bois bleu. De l'extérieur, on dirait un pavillon indépendant, mais ça fait partie du corps de logis principal
Vitrail au plafond de la véranda vitrée
Le vitrail au plafond : du verre rouge et orange. L'été, quand le soleil est haut, des taches de couleur apparaissent sur le sol

La véranda à l'intérieur et à l'extérieur : le bois et les vitres sont d'origine, du tournant des XIXe et XXe siècles

Vitrine en verre avec de la vaisselle orientale
La vitrine à vaisselle dans un coin de la véranda : bols, assiettes et services, en partie chinois, en partie de fabrication boukhare

Le musée du costume : robes d'émirs et chaussons brodés

Dans un bâtiment à part, sur le domaine du palais, se trouve le musée du costume. C’est une construction autonome avec un aïvan bleu sculpté à l’entrée. À l’intérieur, une collection de costumes de cour : robes de l’émir, robes féminines, chaussures, coiffes. Une partie est exposée sous vitrine, une autre sur des mannequins. Si vous aimez les tissus et la broderie, prévoyez au minimum une demi-heure ici.

Aïvan bleu sculpté du musée du costume
L'aïvan du musée du costume. La couleur, c'est du vert-de-gris naturel, un pigment utilisé à Boukhara depuis le Moyen Âge
Plafond sculpté sous l'auvent d'entrée du musée du costume
Sous l'auvent d'entrée, un plafond en bois peint. On entre, et on lève immédiatement la tête
Salle du musée du costume avec trois robes d'émirs
La vitrine principale : trois robes de l'émir pour des occasions différentes. La dorée pour les grandes cérémonies, la rayée pour le quotidien, la sombre pour le soir, dans un registre solennel aussi

Robe d'apparat dorée et robe rayée du quotidien. Soie, broderie d'or, environ cinq kilos chacune

Les bottes et les chaussons sont tous brodés à la main. Bottes masculines, d'apparat. Les petits chaussons, c'est pour les femmes, à la maison

Détail d'un gilet brodé à motifs
La broderie sur le col s'appelle « zarbof », broderie d'or sur velours. Elle ne se faisait qu'à la cour
Vitrines des robes de cour au musée
La salle des costumes féminins : ikat, soie, brocart. Une partie des robes appartenait aux épouses de l'émir, une autre aux dames de la cour
Plafond octogonal peint dans une salle du musée du costume
Le plafond octogonal d'une des salles : or, pigment vert, motif en forme de fleur qui s'ouvre
Plafond géométrique étoilé au-dessus de l'exposition
Le plafond géométrique : une étoile dans une étoile, une mathématique typiquement ouzbèke, qui renvoie à la cosmogonie et à l'astronomie. Celui-ci se trouve au-dessus d'une des salles du costume

Le harem : un manoir blanc au bord d'un bassin, musée du souzani et de la céramique

Légèrement à l’écart du complexe principal, un manoir blanc indépendant avec un bassin devant lui. C’est l’ancien harem de l’émir. Alim Khan avait plusieurs épouses, et chacune vivait dans une partie de la maison. Selon une légende boukhare répandue, l’émir aurait choisi l’une d’elles en la voyant se baigner dans ce bassin, et c’est pour cela qu’on a laissé le bassin à côté de sa maison.

C’est aujourd’hui dans le harem qu’est installé le second grand musée du palais : la collection de souzani (broderies à la main de Boukhara), des vases au sol, des poêles en faïence, des panneaux de céramique et des pièces d’habitation reconstituées.

Le palais-harem blanc au bord du bassin de Sitorai Mokhi-Khosa
Le harem : un bâtiment blanc dans le style « pavillon européen » avec un bassin. Le meilleur angle est de l'autre côté du bassin, pour avoir le reflet
Aïvan en bois sculpté au-dessus de l'entrée du harem
L'aïvan sculpté au-dessus de l'entrée du harem. La sculpture sur bois est entièrement d'origine

La colonne au bord du bassin et le plafond peint au-dessus de l'entrée. Le motif ressemble à une miniature, mais agrandie dix fois

Façade du harem avec un balcon en fonte
Le balcon en fonte est une fonte russe. La grille est exactement la même que sur les immeubles de rapport de Saint-Pétersbourg de l'époque
Détail de l'auvent-aïvan sculpté du harem
L'aïvan sculpté au-dessus de l'entrée, lui, c'est déjà le travail des artisans boukhares locaux

Souzani et pièces reconstituées

Pièce reconstituée avec souzani et textiles
Dans une des salles, une chambre reconstituée : souzani rouges aux murs, table basse, lampe à pétrole

Le souzani à médaillons : un motif typiquement boukhare. Chaque cercle est un motif à part qui symbolise le soleil ou une fleur

La salle des souzani dans son ensemble : sur les murs, de grands panneaux du XIXe et du début du XXe siècle ; dans les vitrines, des échantillons de fils et d'aiguilles

Grand souzani aux médaillons floraux
Le plus grand souzani de la collection mesure environ deux mètres de haut. Il a été brodé pendant à peu près six ans
Grand vase à paon au sol dans le musée
Vase japonais peint, début du XXe siècle. Il se trouvait autrefois dans le salon privé de l'émir, et il a été déplacé ici, au harem-musée

Poêles en faïence et panneaux de céramique

Dans ces mêmes salles, on trouve aussi des poêles en faïence, des panneaux de carreaux et de la vaisselle. C’est en fait une reconstitution des intérieurs habités : à quoi ressemblaient le salon et la salle à manger au début du XXe siècle.

Les poêles : le crème est de l'Art nouveau tardif, à côté on a disposé de la vaisselle de la même période

Souzani et poêle en faïence dans la mise en scène muséale
Souzani + poêle + table dressée : une tentative de montrer à quoi ressemblait un salon du début du XXe siècle

Les carreaux en gros plan : Art nouveau en relief, début du XXe siècle. On voit de petits éclats : le poêle est vieux, la restauration a été soignée

Stuc et médaillons : tout vient de Russie, mais les sujets s'accordent au goût local, jamais de figures humaines, seulement des fleurs et de la géométrie

Souzani à côté d'un grand poêle en faïence
La rencontre des deux grandes lignes culturelles : un souzani boukhare et un poêle russe en faïence dans le même cadre

La mosquée d'été dans le jardin : le kiosque sculpté de l'émir

Dans le jardin se trouve le pavillon le plus singulier du complexe : un kiosque en bois sculpté à deux étages posé sur une petite colline. D’après les sources locales, c’était la mosquée d’été personnelle de l’émir, un lieu de prière pour la belle saison. Un escalier en bois mène au sommet ; à l’intérieur, le second niveau est ouvert, avec des arches sur tous les côtés.

Une artisane au travail sur un souzani
Juste à côté de la mosquée d'été, sous un auvent, une artisane brode un souzani : d'abord le contour, puis le remplissage en couleur. À l'arrière-plan, des paniers de fils de soie

La mosquée d'été sur sa colline : un escalier en bois mène à l'étage. D'en haut, on a la meilleure vue sur le jardin

Kiosque à l'heure dorée parmi les arbres
Le même kiosque à l'heure dorée. C'est le meilleur moment pour photographier ici : le bois prend une teinte chaude, et les arches s'allument de l'intérieur
Kiosque de l'émir avec palmiers et arbres
Vue sur le pavillon à travers le jardin : il y a toujours quelqu'un qui se repose sur les bancs ici. Les habitants viennent simplement s'y asseoir

La tour du palais : le repère principal

Au-dessus du toit du bâtiment principal s’élève une tour blanche surmontée d’un dôme et d’un croissant de lune, le détail le plus reconnaissable du palais. C’est de là, dit-on, que l’émir contemplait son jardin. On ne peut plus monter aujourd’hui, mais de l’extérieur, la tour se voit de partout.

Tour de Sitorai Mokhi-Khosa en gros plan
La tour en gros plan : dôme, arcade, croissant de lune. Architecture Art nouveau oriental tardif, très rare pour la région

Le jardin : lumière d'automne, paons et roses

Dans le jardin du palais poussent de vieux sophoras, des pommiers et des grenadiers. À l’automne, la lumière est douce, sans le contraste violent du milieu de journée, et c’est en octobre-novembre qu’on photographie le mieux l’architecture. Et puis, le palais a sa propre grande volière à paons, qui date de l’époque de l’émir.

Le palais Sitorai Mokhi-Khosa vu du jardin
La façade principale vue du jardin. On voit la fameuse tour, et on prend bien la mesure du bâtiment
Coupole du palais à travers les branches au coucher du soleil
La coupole du palais à travers les branches, environ quinze minutes avant le coucher du soleil
Feuilles de vigne dans le jardin à contre-jour
La vigne dans le jardin à contre-jour, un détail tout simple. Mais en octobre, elle devient justement dorée
Sophora aux fruits d'automne dans le jardin du palais
Un sophora avec ses fruits, un arbre typique des jardins boukhares. Les botanistes lui donnent au moins 80 ans
Feuilles d'automne dans le jardin à contre-jour
La lumière d'automne sous un vieil arbre. Mon conseil : venir après 16 h, pour avoir des ombres longues et un jardin éclairé de côté
Roses dans le jardin du palais
Les roses dans le jardin fleurissent de mai à octobre, à différents moments selon les variétés. Celles-ci sont de novembre, les dernières

Les paons : il y en a plus de vingt. Avec un peu de chance, vous verrez la roue, en général en mars-avril, pendant la parade nuptiale

La miniature boukhare

Dans le jardin, en plein air, sous un auvent, un homme était assis à une petite table et dessinait quelque chose de très détaillé au pinceau fin sur une petite feuille. Je me suis arrêtée, j’ai regardé, puis je me suis approchée. Par simple curiosité : comment fait-on tout ça, quels sont les sujets, qui dessine. C’est comme ça qu’on a fait connaissance : il s’appelle Abror.

L'artiste Abror à sa table de travail dans le domaine du palais
Abror travaille en plein air : table sous un auvent, aquarelle, pinceaux fins en poil d'écureuil, et des dizaines de miniatures terminées accrochées sur des panneaux derrière lui

Abror m’a raconté qu’il pratiquait cette technique depuis vingt ans, qu’il avait fait l’école d’art. Son atelier est ici même, au palais ; il s’installe à sa table tous les jours, et chaque grande miniature lui prend de deux semaines à un mois.

Abror au travail et l'une de ses miniatures terminées : une scène avec un carrosse et des personnages sur la Route de la Soie. Il me l'a montrée sous mes yeux

La symbolique : chaque animal veut dire quelque chose de précis

La miniature boukhare, ce n’est pas qu’un joli dessin, c’est un langage de signes. Abror montrait ses œuvres en commentant : sur chaque tableau, il y a son propre jeu de symboles, et les artisans locaux les lisent comme un texte.

  • La chouette, c’est la sagesse
  • La huppe, c’est le soufisme
  • Le tigre, c’est le pouvoir
  • Le cheval, c’est la fidélité
  • Le chat, c’est la tendresse

« Quand les gens regardent une miniature et voient une chouette sur une branche, ce n’est pas juste un oiseau. C’est un signe : ici, on parle de connaissance, de sagesse », m’expliquait Abror.

Miniature avec un arbre de vie et des oiseaux
L'arbre de vie avec ses oiseaux, un sujet classique. Chaque oiseau a sa propre signification, et il peut y en avoir dix ou douze dans une seule composition

La Route de la Soie et ses héros

Le grand thème qui traverse tout son travail, c’est la Route de la Soie. De la Chine à Venise, en passant par Samarcande, Boukhara et Khiva. Sur certaines miniatures, ce sont les caravanes de Marco Polo ; sur d’autres, le voyage d’Ibn Battuta, le « Marco Polo arabe » venu du Maroc ; sur d’autres encore, Schéhérazade ou Khodja Nasreddin.

Les caravanes et les danseurs : des sujets typiques de la miniature boukhare. Toute une histoire tient dans un cadre de la taille d'une paume

Parmi les héros que peint Abror :

  • Ulugh Beg, astronome, petit-fils d’Amir Timour, originaire de Samarcande
  • Avicenne (Ibn Sina), médecin, originaire de Boukhara
  • Al-Khwarizmi, mathématicien de Khiva, qu’on appelle en Europe « Mister Zero » parce que c’est lui qui a introduit la notion de zéro
  • Roumi, poète, guide spirituel des derviches
  • Marco Polo et Ibn Battuta, les deux grands voyageurs de l’époque

Si vous voulez offrir une miniature, mieux vaut l’acheter ici qu’au bazar à souvenirs du centre de Boukhara. Les prix sont comparables, mais la qualité est tout autre : chez Abror, on voit que c’est une seule personne qui dessine, pas un atelier en série. Et avec un peu de chance, il vous racontera lui-même ce qu’il a peint : chaque caravane, chaque héros, chaque animal dans un coin de la composition.

Informations pratiques

Comment s'y rendre et où c'est

  • Adresse : Sitorai Mohi Hosa, Boukhara, Ouzbékistan
  • GPS : 39.8456, 64.4406
  • Distance depuis le centre de Boukhara : ~4 km au nord
  • Horaires : 9h-18h (été), 9h-17h (hiver). Jour de fermeture : généralement le mercredi, mais à vérifier
  • Entrée : ~50 000 UZS (~4 EUR) pour les visiteurs étrangers, photos incluses
  • Temps à prévoir : 2 heures minimum, idéalement 3
  • Google Maps : Sitorai Mokhi-Khosa

Comment y aller depuis le centre de Boukhara

  • Taxi : 30 000-50 000 UZS (~2,5-4 EUR) aller simple. Mettez-vous d’accord d’avance sur le temps d’attente, parce qu’il est plus difficile de trouver une voiture pour rentrer
  • Marchroutka n°70 ou n°7 : s’arrête à 200 mètres du portail, environ 4 000 UZS (~0,30 EUR)
  • Vélo : trajet plat, 4 km, 25 minutes. Location en centre-ville à partir de 50 000 UZS la journée
  • À pied : techniquement c’est faisable, mais 50 minutes le long d’une route bruyante, ce n’est pas l’option la plus agréable

Pour s'y rendre depuis la France

Vols Paris (CDG) → Tachkent via Istanbul ou en direct avec Uzbekistan Airways, puis correspondance pour Boukhara (vol intérieur ou train rapide Afrosiyob). Les voyageurs français peuvent obtenir un e-visa en ligne en quelques minutes (environ 20 USD).

FAQ

Comment se rendre à Sitorai Mokhi-Khosa depuis Boukhara ?

Le plus simple, c'est en taxi, environ 30 000-50 000 UZS l'aller simple. On peut aussi prendre la marchroutka n°70 ou n°7 pour environ 4 000 UZS. Le palais est à 4 km au nord du centre.

Combien de temps faut-il pour la visite ?

Au moins 2 heures, idéalement 3. Si vous aimez les tissus, les costumes et la miniature, ajoutez une heure pour le musée du souzani et la rencontre avec les artisans locaux.

Quelle est la meilleure période pour visiter Sitorai Mokhi-Khosa ?

Les meilleurs mois sont avril, mai, octobre et novembre. L'été, il fait très chaud (plus de 40 °C) ; l'hiver, il fait froid à l'intérieur, le chauffage est faible. Le matin (9h-11h), il y a peu de touristes et la lumière est belle.

Est-ce que ça vaut le coup d'y aller depuis Boukhara, ou ça fait partie du programme en ville ?

C'est dans le programme, mais à part : il faut bien y consacrer une demi-journée. On peut combiner avec d'autres points éloignés comme Tchor-Bakr, ils sont à peu près dans la même direction.

Peut-on acheter des souvenirs sur place ?

Oui. Près du portail et dans le jardin, il y a des ateliers qui vendent souzani, miniatures, céramique et vêtements en ikat. Les prix sont comparables à ceux des bazars de Boukhara, mais la qualité est meilleure.

Combien coûte l'entrée ?

Environ 50 000 UZS (~4 EUR) pour les visiteurs étrangers. Photo et vidéo gratuites. Vous pouvez prendre un audioguide pour un supplément, environ 30 000 UZS.

Que faut-il emporter ?

De l'eau (il y en a sur place mais c'est cher), des chaussures confortables (on marche beaucoup), un foulard pour les femmes (pas obligatoire, mais plus confortable au harem), et un bon objectif si vous venez avec votre appareil photo.

Un palais tranquille hors des sentiers battus

La plupart des touristes à Boukhara n’ont le temps de voir que le centre : Lyabi-Hauz, Kalyan, les médersas. Sitorai Mokhi-Khosa devient une sorte de « bonus », et beaucoup n’en ont plus le temps. C’est dommage : ici, on voit la vie quotidienne de l’émirat, comment on y vivait, ce qu’on commandait, qui a travaillé sur ces murs.

Si vous avez ne serait-ce que deux ou trois jours à Boukhara, prévoyez une demi-journée pour le palais, idéalement en seconde partie d’après-midi, pour attraper la lumière du soir sur la tour et dans le jardin.

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